Hippocampe, n° 13. Alan Pauls

Dans Le Cauchemar , Füssli représente une jeune femme abandonnée à ses mauvais rêves, à ses tourments,
peut-être érotiques, puis l'objet de ses supposées visions qui prennent physiquement possession de son corps
- un démon accroupi sur sa poitrine et un cheval aveugle et fou, un spectre. Cette image extraordinaire lance
une passerelle entre le dossier monographique consacré à l'écrivain argentin Alan Pauls (dirigé par André
Gabastou), dont le roman Le Passé montre comment la pathologie amoureuse transforme les individus en
fantômes, en morts-vivants, en restes d'êtres calcinés par la passion, puis le dossier thématique Furor (composé
par David Collin) qui questionne l'usage du terme «fureur» à la fois synonyme de la folie, de l'incompréhensible,
de la terreur, mais qui rime également avec une «saine colère», l'inspiration, la rébellion lucide.
Nous les voyons se rendre de nuit dans
un mystérieux théâtre dont l'enseigne
porte un nom que Rita a prononcé en dormant
: Silencio. Sur la scène un magicien
présente un numéro de play-back, où le
son enregistré, dématérialisé, est célébré
comme un phénomène magique : «Non hay
una banda», «Il n'est pas de l'orchestre»,
dit-il en plusieurs langues, dont un français
approximatif. Une femme brune et plantureuse
vient et chante avec une voix
magnifique une chanson de Roy Orbison
traduite en anglais, puis s'écroule et la
voix continue : c'était aussi un play-back.