Quatrains moraux : XVIe et XVIIe siècles

Plusieurs dizaines de poètes, parfois brillants, ont rivalisé d'ingéniosité
pour enclore dans l'étroit espace de quatre vers autonomes une
loi morale, une méditation philosophique, une paraphrase de l'Écriture,
une pensée de sagesse quotidienne... Le moins méconnu de ces
«poètes tétrastiches» est Guy du Faur de Pibrac, dont les quatrains
(1574-1576) ont longtemps constitué un incontournable manuel pour
l'éducation morale des enfants. Ils se voient ici accompagnés d'autres
recueils, conformément à une longue tradition éditoriale, où l'anthologie
et l'éclectisme sont de mise. Le Président Antoine Favre,
père de Vaugelas, applique à la réflexion morale l'exigence méticuleuse
et le souci du détail du célèbre jurisconsulte qu'il était. Claude
Guichard propose dans ses Quatrains de la vanité du monde (composés
avant 1607) un saisissant commentaire de l'Ecclésiaste où fusent
constamment les images de l'instabilité, de la fugacité et de la métamorphose,
ce qui en fait un chef-d'oeuvre de la poésie baroque. Pierre
Mathieu, à qui on a longtemps attribué le recueil précédent en raison
d'une très sensible parenté de ton et d'esthétique, est probablement
le plus troublant de tous ces poètes ; ses Tablettes de la vie et de
la mort (1610) sont une méditation funèbre et solennelle, sombre et
glaçante, sur la finitude des choses humaines. Auteur plus tardif, et
peut-être rétrograde, Guillaume Colletet, premier critique à avoir
étudié systématiquement le genre, l'illustre à sa façon dans sa
Nouvelle Morale (1658), une oeuvre de forme testamentaire, adressée
à son fils, et empreinte de toute la gravité d'un double chant du
cygne : celui d'un homme, celui d'un genre aussi.