Il revint immortel de la grande bataille : carnets de guerre, 1914-1919

Le 28 mai 1917, l'aspirant René Germain se présente «tout joyeux» au
commandant de sa nouvelle unité, le légendaire RICM, Régiment d'infanterie
coloniale du Maroc. Malgré son âge (22 ans), ses états de service et ses galons
gagnés au feu en Argonne (août 1915), en Champagne (septembre 1915),
dans l'Oise et dans la Somme (mai 1916), lui valent aussitôt le respect des
«marsouins», souvent plus vieux que lui, qu'il va conduire au combat.
Chemin des Dames (juin 1917), Malmaison (octobre 1917), Butte du Mesnil
(septembre 1918) en passant par Canny-sur-Matz dans l'Oise, où le RICM
arrête la première offensive allemande du printemps 1918 et où le lieutenant
Germain glane une troisième et avant-dernière étoile pour sa Croix de Guerre :
autant d'étapes sur des sentiers de la gloire qui mèneront le jeune Savoyard
jusqu'en Rhénanie occupée, avant une démobilisation très attendue mais
finalement frustrante, prélude à soixante-dix longues années de vie civile
dont «aucune journée n'aura l'éclat d'un seul de ces jours de souffrance
et de tonnerre» passés dans la fraternité des armes et le vacarme de la
grande tourmente.
Rédigés à partir des notes prises au jour le jour et illustrés par les photos
et les croquis réalisés sur les lieux mêmes de l'action, les Carnets de guerre
de René Germain nous font vivre l'enfer des tranchées mais aussi
l'exaltation de l'assaut - ces moments terribles où se jouent, en quelques
secondes, la vie des hommes et le sort des batailles -, et partager, dans sa
grandeur et sa misère, le quotidien des poilus d'une troupe d'élite - le
RICM - dont le drapeau est aujourd'hui encore le plus décoré de France,
mais dont le rôle en 1914-1918 était resté jusque-là trop méconnu.
Écrit d'une plume alerte et joliment naturaliste, le récit de Germain évite les
deux grands écueils du genre : la complaisance (il ose parler de «boucherie»
dès 1915 !) et la dénonciation. Et si l'on ne peut douter du patriotisme d'un
officier qui, en 1919, après quatre ans de guerre (et quelle guerre !), est
prêt à reprendre le combat si l'Allemagne ne signe pas le traité de Versailles,
ces sentiments, alors partagés par l'immense majorité des Français, sont
tempérés par un féroce esprit critique et un sens de l'humour qui jaillit en
étincelles au plus fort de l'horreur. Des qualités littéraires et humaines rares,
qui font des Carnets de René Germain un témoignage bouleversant et
unique sur la Grande Guerre, au même titre que ceux de Maurice Genevoix,
Henri Barbusse, Étienne Tanty ou Ernst Jünger.