Traité du pur amour : 1695-1699

Parmi les voix autorisées de la République des
Lettres, celle de Paulin d'Aumale, tiercelin du couvent
de Nazareth, peut sembler inaudible. Ni théologien
de profession, ni philosophe, ni même écrivain talentueux,
il s'exprime à partir de son expérience de
confesseur et de directeur de conscience, et son texte
permet une approche peut-être moins balisée de
l'affaire quiétiste. Le lecteur découvre un texte
dépouillé d'éloquence ou d'apparat, immunisé contre
les susceptibilités propres aux hommes de plume
professionnels. Sur le manuscrit, le texte apparaît
écrit en un seul jet, d'un seul tenant, sans aucune
rature, dans l'urgence d'une conviction à transmettre.
Le système de l'amour pur se livre à l'état brut, tel
que peuvent le vivre les coeurs les plus généreux :
c'est la version pragmatique, ou moins compassée,
d'un courant spirituel qui toucha les publics les plus
variés. À travers le jeu des questions/réponses, on ne
quitte jamais l'intimité du dialogue qui unit le directeur
et la personne qu'il dirige.