Rêves de train

Sur les pas de Robert Grainier, dont il
se fait le biographe, Denis Johnson
nous fait vivre les tribulations de ce
travailleur de l'Ouest américain au
début du XX<sup>e</sup> siècle : sa passion pour
la construction des ponts de chemin
de fer à laquelle il participe comme
ouvrier ; le deuil non achevé de son
épouse Gladys et de leur fille Kate,
toutes deux disparues dans l'incendie
de la vallée de Moeya où ils vivaient
dans la solitude d'une immense forêt ;
et les rapports terrifiants, fantastiques,
qu'il entretient avec les loups. La
petite Kate ne serait-elle d'ailleurs
pas devenue une fille-louve ? Au fil
des pages, l'on croise également un
Chinois funambule, l'Homme le Plus
Gros du Monde, Elvis Presley et son
train privé en panne momentanée, un
vertigineux baptême de l'air, divers
escrocs, un cheval savant, quelques
moribonds, hilares ou pas. Rêves de
train est une burlesque danse des
morts et des mots, une sarabande
effrénée où s'estompent les différences
convenues et où les royaumes
s'interpénètrent. Denis Johnson y
prouve une fois encore ses capacités
peu communes de métamorphose et
son talent d'écrivain, immense.