Management de l'âme ou Seelenbehandlung selon Sigmund Freud

L'âme on en parle : l'âme des poètes, l'âme féminine, l'âme du monde, l'âme
que l'on rend et qu'on sauve, ainsi que celle qu'on ausculte in utero : là où elle
atterrit. Mais aussi les âmes multiples qui animent les automates qui foisonnent
de nos jours. L'âme que l'on bichonne et que l'on soigne, qu'on vend ou que
l'on échange, et c'est là que Freud nous interpelle avec son «management de
l'âme», sa Seelenbehandlung. Quel portrait-robot nous en a-t-il laissé, de cette
âme qui pense (avec Aristote), qui s'objective (avec Lacan), qui se déconstruit
(avec Dérida), qui se morcèle et se multiplie (avec Hacking), qui souffre (avec
Dante et Milton), qui doute (c'est la mécréance du paranoïaque), et qui en fin de
compte reste insaisissable, imprévisible et innommable dans ses ressorts comme
dans ses visées. C'est donc à un parcours en spirale que l'auteur nous propose,
non sans quelque rapport avec l'actualité, puisqu'il y est question de l'identité
et du 'propre' de chacun. Qui donc est le «zozo»* qui a évoqué l'âme damnée
de la démocratie en ces termes : «Société qui ne peut jamais s'assurer de ses
contours, qui accepte tacitement l'abandon des repères derniers de certitude et
l'indétermination de son avenir».
*Claude Lefort