L'argent sans maître

En trente ans, les frontières physiques, morales et idéologiques, dans
lesquelles l'intelligence de l'homme avait placé l'argent pour en faire un
serviteur du progrès et un bon compagnon de route de la démocratie,
ont volé en éclats. La liquidité a cessé d'être un moyen pour devenir
une religion. La cupidité, naguère vice individuel contrôlable et
compatible avec l'utilité commune, est devenue un système.
La crise que nous traversons est beaucoup plus qu'une crise financière,
économique et sociale, aussi grave soit-elle : c'est une rupture politique
qui sanctionne le passage de l'ère de l'argent socialisé et dispersé, à
celle de l'argent privatisé et concentré.
Ce n'est donc pas seulement contre la dépression immédiate qu'il faut
lutter, mais aussi contre le risque d'effritement démocratique et de
montée des oligarchies qui se dissimule derrière elle.
L'ordre de l'argent maîtrisé, compatible avec la liberté et la justice,
est à rebâtir.