Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 96. L'Eglise

«Ils n'avaient qu'une âme et un coeur dans le Seigneur»
( Ac 4, 32). Si la charité a fait de tant d'âmes une seule
âme et de tant de coeurs un seul coeur, quelle est la grandeur de
la charité qui unit le Père et le Fils ? Elle peut être plus grande
en vérité que celle qui unissait ces hommes qui n'avaient qu'un
seul coeur. Si donc cette multitude de frères n'avait qu'un seul
coeur à cause de la charité, si cette multitude n'avait qu'une
seule âme à cause de la charité, diras-tu de Dieu le Père et de
Dieu le Fils qu'ils sont deux ? S'ils sont deux dieux, ce n'est pas
en eux que se trouve la charité suprême. Car si, ici-bas, la
charité est telle qu'elle fait une seule âme de ton âme et de
l'âme de ton frère, comment au ciel, le Père et le Fils ne sont-ils
pas un seul Dieu ? Que jamais la foi sincère n'admette une telle
pensée !
À quel point du reste cette charité l'emporte sur les autres,
comprenez-le à ceci : autant il y a d'hommes, autant il y a
d'âmes ; s'ils s'aiment, ils forment une seule âme ; néanmoins on
peut encore parler de plusieurs âmes quand il s'agit des
hommes, car leur union n'arrive jamais à une telle perfection.
Là, au contraire, tu peux dire qu'il y a deux ou trois dieux. Cela
te souligne la surabondance et la perfection suprême de cette
charité, telle qu'il ne peut en exister d'autre.