Corée l'absente : journal 2004

«S'il est un thème qui ne m'a jamais quitté, et dont j'espère
qu'il est bien repérable d'un bout à l'autre de mes travaux et
jusqu'en leur moindre recoin, c'est celui de l'incommensurabilité,
entre notre intelligence - et d'abord la mienne, bien
entendu - et l'ensemble de la connaissance, l'ensemble du
monde sensible, la totalité du monde tout court, avec ses
villes, ses monuments, ses jardins, ses balustrades, ses campagnes,
ses chemins de traverse, ses solitudes, ses bibliothèques et tous
leurs livres, ses musées et tous leurs tableaux, ses salles de
concert et toutes leurs musiques, ses collections de disques et
tous leurs disques. La mesure de cette incommensurabilité, il
va sans dire que c'est le temps. Nous n'avons le temps que de
gratter une part infime de ce qui pourrait être connu, vu,
compris, aimé, éprouvé. C'est pour cette raison que l'ennui
m'est totalement inintelligible.»