Des vues sur vous

"Elle se réveille de sa sieste, honteuse
à en rougir d'avoir dormi aussi
longtemps, en plein jour, comme
une pocharde. Elle va faire un tour
au parc. La pelouse s'étend devant elle,
trop verte pour être honnête, interdite,
réservée au plaisir des yeux.
Comme si des yeux pouvaient
éprouver du plaisir à contempler
de l'herbe, fût-elle verte et drue,
sur laquelle des pieds n'ont pas
le droit de marcher. Deux gardes
antillais patrouillent sévèrement.
On vient de réaménager le parc
"comme il était sous Napoléon III".
Une envie pressante lui prend
d'imprimer profondément ses talons
dans ce gazon impudique.
Au milieu de la pelouse s'épanouit
sa plante préférée, un arbuste
exubérant, fleuri de toutes parts
de grands cornets blancs, comme
des liserons charnus. Elle fait plier
une grosse branche qui rompt avec
un bruit sec. Elle l'emporte sans être
inquiétée, un peu déçue car elle ressent
une forte envie d'en découdre."