L'analogie chez Diderot

L'analogie chez Diderot
Pour entrer dans l'univers esthétique, scientifique et philosophique de Diderot, le plus simple sera sans doute d'emprunter la voie controversée : j'entends celle que définit Le Rêve de d'Alembert et dont entreprend de nous détourner L'interprétation de la nature , la voie à la fois séduisante et trompeuse de l'analogie. Car l'analogie égare, mais enchante.
Nul doute que n'existe pour Diderot un bonheur de l'éclectisme, un charme profond de la musique et du nombre. Car l'analogie est musicale, la musique est analogique. A travers la magie de l'analogie, la disparité des choses se mue en sympathie. Leur antagonisme s'apaise en harmonie, qui consiste, elle-même, en proportions, en analogies. La musique devient, à cet effet, « l'art dans lequel la vibration de l'harmonique se rapporte nécessairement à ce qui précède, sans considération d'éléments extérieurs aux sons eux-mêmes. » Pour Diderot, l'analogie a une valeur heuristique hautement féconde ; elle est un opérateur de continuité de règnes et de savoirs. Réduisant les limites entre les différents savoirs, l'analogie, - ou plus exactement le raisonnement analogique -, renoue avec ce que R. Barthes appelle « les temps heureux du langage ».
Décidons-nous de penser par analogie (comment d'ailleurs penser différemment ?), et nous voici délivrés de l'oubli et de la dispersion. Et qu'est-ce que « penser », sinon peser , évaluer et déterminer une chose par rapport à une autre. L'analogie, comme la pensée, est rapport et proportion.