Les dieux et le pouvoir : aux origines de la théocratie

Le concept de théocratie appartient à ce qu'on appelle, de manière plus
générale, le théologico-politique. La théocratie est le thème, par excellence,
du discours théologique visant à légitimer le pouvoir politique. C'est une
figure et un fondement idéologique du discours théologico-politique.
L'emploi de ce terme en histoire ancienne ne va pas de soi, contrairement
à l'usage qu'en font les médiévistes. Il paraît pourtant justifié à plusieurs titres.
Tout d'abord, parce que la théocratie médiévale repose sur des legs de l'Antiquité,
notamment l'affirmation de Paul qu'«il n'y a d'autorité que par Dieu» (Rm 13,1).
Mais surtout, parce que c'est un historien antique, Flavius Josèphe, qui forgea
ce terme et l'utilisa pour la première fois ( Contre Apion 2, 165). Il entendait ainsi
expliquer à ses lecteurs que les monarques juifs s'appuyaient sur la religion et la
légitimité qu'elle était censée offrir au détenteur du pouvoir, en vertu d'une sorte
de droit divin de la monarchie. Ainsi, monothéisme et théocratie sont étroitement
liés : la croyance en un dieu unique et éternel renforce l'idée théocratique. Mais
la théocratie n'est-elle propre qu'aux monothéismes juif et chrétien ? Le terme
forgé par Flavius Josèphe ne pourrait-il aussi s'appliquer aux régimes politiques
de peuples polythéistes ?
Cet ouvrage se propose d'étudier en diachronie l'émergence de la notion
de théocratie dans l'Orient ancien et hellénistique, puis dans l'empire romain,
avec des ouvertures dans la très longue durée pour en rechercher les origines
dans les modèles mésopotamiens les plus anciens et en évaluer l'héritage dans
la chrétienté médiévale.