Voix off

«Je n'aime pas les livres politiques. Je m'agace de ces ouvrages qui
ne constituent qu'une étape parmi d'autres d'une campagne de
communication destinée à consolider l'image de l'auteur, ou à la
changer.
À bien des égards, la décision d'écrire un livre, et de soumettre son
travail au public, est une décision d'une folle arrogance, et d'une
folle indécence. Comment dire juste, sans se donner le beau rôle,
sans occulter ses faiblesses ?
Mais comment revenir sur ce qui nous est arrivé, comment tirer les
leçons de cinq années d'un engagement aussi intense, sans écrire à
mon tour ? Un livre donc. Celui d'un acteur engagé, et passionné.
Avec le souci d'expliquer comment se prennent les décisions, et
pourquoi elles ne se prennent pas. Avec la loyauté due à ceux avec
lesquels j'ai travaillé, en occupant librement une place singulière
dans le gouvernement de la gauche plurielle.
Le défi était de taille : écologiste dans un gouvernement qui ne
l'était pas, et qui me l'a parfois sèchement rappelé ; autodidacte
dans une équipe dont tous les "poids lourds" étaient hauts
fonctionnaires ou anciens ministres. Assumer la solidarité gouvernementale
et faire entendre ma différence. Gagner, à l'occasion, un
arbitrage qui semblait perdu. Et perdre, trop souvent, avec le sentiment
de ne pas même avoir été écoutée... Pour l'honneur. Ou pour
prendre date. Mais aussi, pourquoi le nier, renoncer - lassitude ?
lucidité ? - à livrer un combat à l'issue trop prévisible...
De cette expérience, je ne suis pas sortie indemne. Il s'agit pour moi
d'en rendre compte, avec le souci de préparer l'avenir. Le mien,
celui des Verts et celui de la gauche. Et de reconstruire l'espoir.»