Bonaparte à Toulon : 1793 : les prémices d'un destin

La période est difficile car elle est révolutionnaire, et Bonaparte l'est aussi ; mais
prudemment, car tout engagement est dangereux et que, de toute façon, il
n'aime pas le désordre. Il n'est ni girondin ni jacobin. Plutôt de la Montagne. En
fait, il est surtout militaire et, en juin, déjà capitaine-commandant. A Marseille les
deux conventionnels, Salicetti et Gasparin, corses d'origine, qui cherchaient un
officier d'artillerie, rencontrèrent Joseph qui leur présenta son frère Napoléon.
C'est ainsi que ce dernier fut affecté au siège de Toulon où commença sa fortune.
«Ayant rejoint l'armée révolutionnaire, il en fut l'âme, présent au siège du
commencement jusqu'à la fin, assistant à la plupart des combats, préparant sans un
instant de distraction et de relâche l'outillage de l'artillerie, coordonnant et ajustant
les parties du plus important des services, déployant dans l'exécution de sa tâche
un zèle incroyable et comme une fougue de jeunesse réglée néanmoins et dirigée
déjà, ainsi qu'en 1796, par la prudence, inspirant, dictant aux commissaires et aux
généraux qui le jugent indispensable et écoutent avec une sorte de respect, ses
résolutions décisives.
Nul d'ailleurs ne s'y trompa. Si la réputation de Bonaparte commence au siège de
Toulon, si les militaires instruits lui présagent un brillant avenir, s'il laisse depuis
cette époque à tous ceux qui l'ont vu la plus avantageuse opinion de son caractère
et de sa capacité, c'est qu'il est le preneur de la ville.»