Félicité Grall

«Je l'avais plutôt imaginée sandalettes
et jupe longue, chemisier brodé, Emily Brontë
en moins caractérielle, c'était du moins à espérer.
Son écriture, tout en rondeurs et déliés, ainsi
que son prénom délicieusement anachronique,
m'avaient aussitôt sauté aux yeux. J'avais reniflé l'enveloppe,
qui sentait encore l'encre fraîche et violette, forcément
violette, puis j'avais lu la lettre, intrigué par cette écriture
romantique à souhait. Le contenu, ne nous y trompons
pas, était purement formel mais le fait qu'elle soit écrite
à la plume valait la peine qu'on s'y arrête quelques instants.
Félicité Grall, ce nom-là me disait quelque chose.
J'avais répondu par l'affirmative. Assez laconiquement,
du reste. Un homme de ma trempe avait appris à se méfier
comme de la peste de ces filles par trop sentimentales
qui tombent amoureuses quinze fois par jour
et vous infligent une scène de tous les diables
si vous avez le malheur d'oublier la Saint-Valentin.
Elles sévissaient encore un peu partout à travers le pays.
À contre-courant, certes, mais le danger était latent.
Et j'avais déjà assez d'emmerdements comme ça.»