Autochtone imaginaire, étranger imaginé : retour sur la xénophobie ambiante

«Cet essai, construit en étoile est composé de textes (...) qui, à défaut de
s'enchaîner les uns aux autres, se répondent et communiquent par différents
"passages", selon la méthode mise en oeuvre par Walter Benjamin dans son
Paris capitale du XIX<sup>e</sup> siècle.
Il s'agit (...) de problématiser une question destinée à nous reconduire à notre
objet, à son coeur - pourquoi la question de l'étranger tend-t-elle à devenir,
sous nos latitudes, l'obsession des pouvoirs contemporains ? Au travers de cette
question, qui n'en est une pour nous qu'autant que les méfaits des sorcières
en étaient une pour un certain XVI<sup>e</sup> siècle, n'est-ce pas plutôt la question du
pouvoir et la question des discours qui se trouvent posées ?». A. B.
En pierres denses et compactes, la langue d'Alain Brossat se révèle
contondante, réparatrice à force de ne pas se plier à l'esprit du temps,
d'y répondre sans formes prescriptives, sans marche à suivre. S'il figure
quelques pistes pour des mouvements salvateurs, l'action principale
consiste à re-tracer l'absurde d'une série d'énoncés en matière d'hospitalité
et d'identité. En y intercalant des rappels historiques et en repeuplant les
apories des discours en la matière, l'auteur nous donne la possibilité d'en
faire autant : restaurer nos percepts et affects.
En dix chapitres, Alain Brossat revient patiemment sur ce que nous
entrapercevions en accéléré et de manière de plus en plus marquée :
l'Europe forteresse déclinée en cinq chapitres philosophiques, deux textes
de circonstance consacrés à Mohamed Merah et DSK, une célébration
singulière de l'anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, deux tableaux
politiques du cinéma et «Qui a tué Walter Benjamin ?» ou le récit du
verrouillage de toutes les portes, mentales, physiques, politiques.