Les murmures de l'amour

Est-il vrai, comme l'assurait Roland Barthes, il y a un
quart de siècle, que le discours amoureux s'est si bien étiolé,
qu'il n'a plus cours ?
Sans doute ne revêt-il plus les formes, les accents dont la
poésie, le roman, le théâtre d'hier et de jadis nous apportent
le témoignage. Mais si le langage est bien l'«honneur des
hommes», comment s'effacerait-il tout à fait chez qui -
amour ! - s'éprouve comme jamais présent au monde, tous
ses sens à l'extrême de leur acuité, de leurs pouvoirs ? Comment
celui qui veut persuader l'être élu qu'existe, entre eux,
une miraculeuse communauté d'esprit, de coeur, de chair,
dédaignerait-il les ressources de la parole ?
On entendra ici, à mi-voix mais d'un ton pénétré de ferveur,
de gratitude, de malice, un amoureux, une amoureuse,
se dire leur mutuelle incrédulité, leur égal émerveillement
devant une rencontre aussi immanquable qu'improbable.
On entendra un amant, une amante, évoquer avec audace
et décence mêlées, le joug du désir, le jeu des corps, l'hégémonie
du plaisir - et la revanche de la tendresse.
Puisse-t-on voir en ce livre - à placer auprès de Marées -
moins un bréviaire pour ceux qui s'aiment, qu'une invitation
à poursuivre ce «commerce» : l'amour n'est que
l'amour, l'amour est vulnérable quand le langage ne le pare,
ne l'affermit, ne le cautionne.
Quand il ne l'honore.
F. S.