La sociabilité épistolaire chez Cicéron

La Correspondance de Cicéron occupe une place singulière
parmi les textes légués par l'Antiquité : elle est à la fois un
monument de la culture latine, célébrée comme tel par les
humanistes de la Renaissance et de l'Âge classique, et un
document unique en son genre pour la connaissance du grand
orateur et de l'histoire de Rome. Les lettres nous plongent au
coeur des relations privées et politiques de l'élite romaine et
reflètent la sociabilité mise en oeuvre dans l'interaction
épistolaire, à la recherche d'un équilibre entre gravité et
urbanité, spontanéité et respect des conventions, image de soi
et dignitas des correspondants. Les crises de la fin de la
République retiennent particulièrement l'attention : comment
respecter les usages et les codes quand la guerre civile
provoque le déchaînement des passions et des haines, suscite
le désarroi et l'inquiétude, affaiblit les institutions et
l'autorité, désagrège avec violence les liens personnels et
familiaux ? Réduisant le clivage entre les approches littéraires
et les approches documentaires, ce livre montre comment la
correspondance, sous l'influence de la doctrine rhétorique du
convenable, s'adapte aux destinataires et aux circonstances et
se constitue comme pratique sociale et comme pratique
discursive.