Retour à la nuit

- Écoute-moi bien, Antoine. Tu as eu de la chance que je sois là.
Tu comprends ? Ne parle pas, fais-moi oui ou non de la tête.
Oui.
- Je t'ai sauvé la vie. Regarde-moi dans les yeux : je t'ai sauvé la vie, Antoine
Mais si tu veux te faire du mal, je peux te faire du mal. Je peux le faire a
ta place. Tu comprends ?
Non.
- Tu as peur ?
Oui.
- Tu as peur de moi, mais tu n'as pas peur de plonger dans une rivière
en crue ? T'es un drôle de numéro toi. Tu vois la bouteille que j'ai dans la
main ? C'est de l'alcool à 90°. Je vais en mettre sur tes blessures. Ça va
faire très mal. Ça va te brûler et tu vas hurler. C'est moi qui vais te faire mal.
N'oublie pas ça : moi je peux te faire du mal. Tu t'en souviendras la
prochaine fois que tu voudras mourir.
Vingt-cinq ans plus tard, Antoine est veilleur de nuit dans un foyer
à caractère social, près de Limoges. Il revient sur son histoire.
Depuis cette cascade située près de Treignac, jusqu'à l'affaire du Découpeur.
Une nuit, dans le foyer, il montrera ses cicatrices à Ouria, fascinée, qui voudra
les revoir ensuite.
Et les toucher.
La nuit, tournée vers la forêt, l'adolescente parle toute seule à sa fenêtre.