Cosmopolitiques, n° 5. L'économie peut-elle être solidaire ?

Pour Montesquieu, l'économie devait être un
«doux commerce». Qui aujourd'hui oserait de tels
propos alors que l'économie est devenue une guerre
permanente qui fait de nombreuses victimes ? À tel
point que certains rêvent de rejeter l'économie ou la
croissance. Ou tentent de s'échapper hors de ces
contraintes par des réseaux solidaires locaux.
Les économistes comme corps d'experts, et la
«science» économique, ont parfois tendance à
expurger leurs raisonnements de toute pensée politique
ou éthique, de valeurs sociétales comme de la
diversité d'organisation des marchés. Leurs catégories,
leurs méthodes sont discutées ici pour contribuer
à penser l'économie comme composition des formes
de solidarité. Ainsi, les droits de propriété marchands
qui actuellement s'étendent à tous les biens, et
notamment aux connaissances et au vivant, aux molécules
par exemple, ne sont-ils pas dans cet ouvrage
une évidence, mais une décision politique, contestable
et contestée.
Il faut donc rouvrir la discussion. Par exemple,
l'«économie solidaire» se résume-t-elle à un voeu
pieux vite oublié après le départ de la gauche du pouvoir
? Ou est-elle une zone particulière de l'activité
économique, un «secteur» ? Peut-on raisonnablement
espérer qu'elle devienne la condition et la finalité
de l'économie elle-même ? Tels sont les enjeux
importants de ce cahier.
Nous pratiquons désormais des «cosmopolitiques» parce
que les liens qui nous attachent à nos mondes ne sont
pas à trancher mais à rediscuter, parce que la complexité
est la base même de toute l'écologie, parce que l'incertitude
de notre temps rend caduques ou ridicules les prétentions
dogmatiques ou technocratiques. Ces «Cahiers théoriques
pour l'écologie politique» se veulent une contribution
régulière pour penser l'activité politique des acteurs qui
font tenir ces collectifs incertains, qui cherchent à
recomposer des espaces de pouvoir ouverts.