Une marche en liberté : émigration subsaharienne

Jean-Paul Dzokou-Newo quitte le Cameroun pour se rendre en
Europe. Il traverse le Nigeria, le Niger, l'Algérie, la Libye, puis, via
l'Algérie encore, le Maroc où il tente de passer la barrière de Melilla, chute
et se blesse gravement, nécessitant une intervention chirurgicale d'urgence
réalisée par les Médecins sans frontières et une immobilisation complète
pendant trois mois que lui offre le Père Joseph Lépine, à Oujda, au presbytère
de la paroisse Saint-Louis, véritable oasis humanitaire pour de
nombreux exilés. Soirs après soirs, en discutant avec Jean-Paul, le Père
Joseph lui fait raconter son histoire et rédige ce long récit épique et souvent
dramatique ; un témoignage d'une rare précision sur la vie et les évènements
quotidiens que subissent les exilés, déshumanisés tout au long de
leur marche en liberté et qui, souvent, résistent à cette déshumanisation
grâce à la foi. Ce sort est celui de milliers d'exilés d'Afrique subsaharienne
poussés par les guerres, les persécutions, les dictatures, les génocides, les
affrontements ethniques ou religieux, les dysfonctionnements étatiques,
les influences internationales, la misère économique... à fuir loin de leurs
pays pour survivre, trouver refuge, aider leurs proches, étudier ou simplement
voir le monde. Mais leur éventuel malheur initial se double aujourd'hui
d'un autre dont tous sont victimes : une assignation à résidence prononcée
par l'Europe devenue xénophobe, obnubilée par des phantasmes
de submersion migratoire. Jean-Paul en subit les conséquences au jour le
jour sans bien identifier l'origine politique de ce phénomène. En postface,
Jérôme Valluy, universitaire (Paris 1, réseau Terra, Travaux, études,
recherches sur les réfugiés et l'asile), retrace la genèse historique et géopolitique
de cet enfer européen qu'a traversé Jean-Paul Dzokou-Newo en
Afrique.