Mégalomachine

«Au fil des ans, on m'a soigné pour tout un tas de problèmes
psychiatriques et comportementaux : dyslexie, dépression,
angoisse excessive, troubles obsessionnels compulsifs,
alcoolisme, toxicomanie, obésité, troubles alimentaires, exhibitionnisme,
comportement agressif persistant et violent, hyper-activité
combinée avec troubles graves de l'attention. Mais il y
avait en moi une voix qui disait : un jour tu seras considéré comme
le jeune écrivain américain le plus intense et, d'une certaine façon,
le plus important. Et j'ai écouté cette voix.
Aujourd'hui, je vis dans une maison de stuc jaune citron avec
vue imprenable sur la baie. Chaque matin, je grignote des oeufs de
tortue crus et glacés et des fraises trempées dans du chocolat,
dans un jardin étincelant plein d'hibiscus et de bougainvillées.
Le conseil que je donnerais aux jeunes d'aujourd'hui ? Je serais
tenté de leur dire : entourez-vous de larbins et de béni-oui-oui et
ayez des esclaves nues, parfumées au musc, pour vous éventer
avec des frondes en plastique pendant que vous écrivez. Parce que
c'est ce qui a marché pour moi.»
Excentrique et jubilatoire, la «mégalomachine» de Mark Leyner
opère un dynamitage en règle du culte médiatique, dans une prose
d'une densité et d'une intensité confinant à la fission littéraire.