La chèvre de monsieur Seguin

M. Seguin n'avait jamais eu de bonheur avec
ses chèvres.
Il les perdait toutes de la même façon : un
beau matin, elles cassaient leur corde, s'en allaient
dans la montagne, et là-haut le loup les mangeait.
Ni les caresses de leur maître, ni la peur
du loup, rien ne les retenait. C'étaient, paraît-il,
des chèvres indépendantes, voulant à tout prix
le grand air et la liberté.
Le brave M. Seguin, qui ne comprenait rien
au caractère de ses bêtes, était consterné. Il
disait :
- C'est fini : les chèvres s'ennuient chez moi,
je n'en garderai pas une.
Cependant, il ne se découragea pas, et, après
avoir perdu six chèvres de la même manière,
il en acheta une septième ; seulement, cette fois,
il eut soin de la prendre toute jeune, pour qu'elle
s'habituât mieux à demeurer chez lui.