Un marin d'infortune : Mathieu-Cyprien Renaudin héros méconnu du Vengeur

Le nom de Renaudin évoque encore, pour quelques-uns, le
capitaine du vaisseau le Vengeur , naguère légendaire, coulé, après
une héroïque résistance, au cours de la bataille du 13 prairial an II
(1<sup>er</sup> juin 1794) qui opposa l'escadre française commandée par
Villaret-Joyeuse à l'armée navale anglaise de l'amiral Howe. Mais
qui sait encore que ce nom fut aussi celui du second du Vengeur ,
Mathieu-Cyprien Renaudin, cousin germain du capitaine, héros
méconnu du combat ? Le vaisseau, percé de mille coups, est sur
le point de sombrer, une chaloupe anglaise emmène le capitaine
vaincu, son second refuse de le suivre pour tenter encore de secourir
quelques blessés, confiant à l'un de ses hommes le soin de
sauver, s'il le peut, son fils de neuf ans qui a vécu, lui aussi, la
terrible bataille.
Rescapé mais prisonnier en Angleterre Cyprien, une fois libre,
reprend le combat en Méditerranée, à bord du Généreux sur les
côtes de Sicile. De retour en France, il apprend bientôt sa mise à la
retraite, décidée par Bonaparte. L'infortune le poursuit dans sa
retraite à Saint-Denis-d'Oleron : il reçoit une modeste pension et
la Légion d'honneur lui est refusée.
Ce récit d'une vie aussi méritoire que méconnue est, pour l'auteur,
l'occasion de proposer au lecteur une relation claire, précise et
détaillée de la bataille de prairial et des derniers moments du Vengeur
en s'appuyant notamment sur les témoignages des officiers
anglais à bord des navires qui le combattirent et sauvèrent une
partie de l'équipage.
Mais on découvre aussi la glorieuse légende forgée par Barère
devant la Convention à propos du sacrifice du Vengeur , la polémique
née de la révélation par l'historien britannique Thomas
Carlyle des circonstances exactes de la fin du vaisseau, l'opprobre
jeté à tort par certains sur la conduite du capitaine, mais qui, fort
justement, épargna son héroïque second.