Lumières

«J'aime les robes longues / Et les textes courts !» nous confie Raymond
Poirrier.
Ce livre est fait de textes courts, à la limite de la poésie. Quelques poèmes
parfois lui échappent, mais en toute liberté ! Il n'aime pas les règles, et s'en tient aux
mots, aux métaphores. «A force d'écouter les mots, dit-il, je les entends même la
nuit quand tout dort».
Il marche beaucoup, il marche seul «au pas de la rivière». Il marche vite
«pour atteindre son point de non retour».
Chemin faisant, il nous raconte : «la libellule sur un jonc / berce le vent
/pour qu'il s'endorme» ou bien : «les éclats de rire des colzas/ rassurent le printemps».
Il s'interroge aussi : «Qui suis-je ? Le saurai-je jamais ?.. et ce n'est pas
faute d'avoir heurté à ma porte !»
«Parfois le regard de la lune est si proche /qu'il met des remords à l'âme».
Il chemine de page en page avec la lumière : «Je porte le soleil sur mon
dos comme une fourchée de paille...». Quand il pleut, il ouvre sa fenêtre et «la
lumière entre avec son parapluie !»
Ses photographies tentent également de piéger cette lumière qui «toute
nue, se baigne dans la rivière. Sur la rive, le linge blanc des aubépines, le poudrier
des saules».