La séparation des églises et de l'Etat : les affrontements dans le Doubs

Daniel Lonchampt, ayant entendu l'appel de Jean-Marie
Mayeur, professeur à la Sorbonne - auteur d'un livre remarquable
sur La séparation de l'Eglise et de l'Etat - qui écrivait dès 1966 que
l'Histoire de la séparation de l'Eglise et de l'Etat était «une histoire
qui n'était pas faite» s'est attelé aussitôt à la tâche :
il nous donne pour notre département, après dépouillement
minutieux des archives et de la presse, après des enquêtes orales
conduites avec maîtrise, un livre dense, concret, vivant. Il montre
combien ont été tendus et violents les rapports entre anticléricaux
et cléricaux, les méfaits de l'intolérance, parfois de la bêtise et de la
méchanceté des enragés des deux camps. Il montre aussi le courage
des prêtres qui après la séparation sont - n'étant plus fonctionnaires
- réduits à la pauvreté, et le courage des jeunes institutrices
et instituteurs laïcs qui seuls dans leur école sont en proie à l'hostilité
de la communauté villageoise cléricale.
L'auteur conclut magnifiquement que l'Eglise a gagné à la séparation
à être pauvre, mais libre, et que l'école de la République a
réussi sa mission d'enseignement moral, civique, patriotique grâce
à des maîtresses et des maîtres sérieux, compétents et dignes.
Dans cette période de débats passionnés qui touchent au plus
profond d'eux-mêmes, les hommes que nous présente Daniel
Lonchampt nous paraissent très vivants, très proches de nous, et en
même temps très loin. Car, depuis, la laïcité a gagné pour le bien et
le profit des deux camps, l'Etat et l'Eglise.