Corps en tous genres : la dualité des sexes à l'épreuve de la science

«Il y a deux sexes !» Ce serait un fait de nature. La biologiste
Anne Fausto-Sterling défait cette fausse évidence du sens
commun, fût-il scientifique. N'y en aurait-il pas cinq, voire
plus ? Ironique, cette proposition n'en est pas moins sérieuse :
pour les intersexes, ni tout à fait garçons ni vraiment filles, il
en va de leur vie. Va-t-on les faire entrer de force, par la chirurgie,
dans l'une ou l'autre catégorie ? Et, quand ils envoient des
messages différents, qui, des chromosomes, des hormones, du
cerveau ou du squelette, a le dernier mot ?
L'enjeu, ce sont les exceptions mais aussi la règle, à savoir
tout le monde ! Le partage entre deux sexes est toujours une
opération sociale. C'est bien la société qui tranche dans les
variations attestées pour donner un sexe au corps. Et, quand
le médecin ou le savant parlent sexe, ou sexualité, c'est encore
la société que l'on entend. Loin d'être neutre, la science est
donc toujours située : telle est l'une des leçons de cet ouvrage,
devenu un classique depuis sa publication aux États-Unis en
2000.
La critique du biologisme par une scientifique du sérail
trouble nos oppositions convenues - entre genre (social) et
sexe (biologique), entre culture et nature. Ainsi ne pourra-t-on
plus dire qu'il faut choisir entre féminisme et science.
Gai savoir que celui offert par ce livre illustré avec humour
et érudition : la biologie, c'est bien la politique continuée par
d'autres moyens.