Portrait de l'homme en animal : de la duplicité de la figure humaine dans l'art pariétal paléolithique

Portrait de l'homme en animal
Les représentations de figures humaines et d'être composites mi-humains
mi-animaux sont présentes dans l'art paléolithique. La description
de ce type singulier d'images permet de formuler une interprétation
esthétique de cet art et du jeu entre interdit et transgression qui aurait
pour finalité d'exhiber le retournement de l'homme sur lui-même, sur son
humanité animale. La grotte, lieu de cette expérience limite, tout comme
l'animalité, est interrogée, notamment avec Pascal Quignard, comme le
symbole d'une continuité originelle perdue au sein de laquelle l'homme
cherche inlassablement à faire retour. Les figures d'être hybrides que
les Paléolithiques sont allés dissimuler dans les profondeurs des grottes,
de même que toutes les figures animales qui occupent ces lieux, satisfont
non seulement le désir humain de retrouver cet état affectif primordial,
celui de son interdépendance avec le monde animal, mais également
celui de se dissoudre, de s'immerger dans la continuité du monde en
abandonnant son esprit aux profondeurs chtoniennes. Comme tout
art, l'art pariétal paléolithique est pour l'homme une réintégration dans
l'intimité perdue en même temps qu'une halte, un repli au sein de ce
qui le tourmente. L'art, pense Jean-Luc Nancy, est la monstration de ce
prodige, de cette surprise devant l'étrangeté reconnaissable.