Du jeu de la différance à la transgression du linguistic turn : essai à partir de J. Derrida

Aux yeux de nombreux interprètes et critiques, la déconstruction serait l'essence même de la pensée de Derrida. Dès lors, chercher à clarifier l'impact de cette pensée à partir d'un autre schème conceptuel, comme celui de la différance , serait un infléchissement d'un consensus d'interprétation. C'est cette délicate tâche que s'assigne l'auteur de cet ouvrage, pour mieux comprendre la déconstruction, la pensée de l'événement, de la trace, de la responsabilité, de la justice sans limite et de la démocratie à venir. Logique de la différance, schème du jeu, marques de dépassement du linguistic turn , deviennent les axes directeurs de l'élucidation des démarches de Derrida. La différance est donc le schème de l'à-venir pour Derrida. Transmettant ses ressources profondes à la déconstruction, elle permet de circonscrire son originalité dans la philosophie contemporaine. Elle réussit, notamment, à mettre sa pensée en dialogue avec la phénoménologie (Husserl) ou la révolution linguistique et pragmatique (Wittgenstein, Appel, Austin, Searle), et permet d'éclairer les mobiles inavoués du débat contemporain sur la mondialisation comme expression aporétique de la problématique de l'arrivant en général dans sa singularité absolue, avant toute détermination juridico-politique. Avec la réflexion sur la différance, un champ de pensée s'ouvre qui résiste à se réduire à la déconstruction et qui met en chemin les éléments d'une reconstruction.