Et la peine est toujours là

Lucia, la fille adoptive de Thomas, vivait en marge des
réalités du monde. Elle a mis fin à ses jours sans donner de
raisons.
Thomas, lorsqu'il évoque cette enfant, s'aperçoit que sa
propre mémoire est peuplée d'incertitudes, de lacunes, et
souvent de fictions. Cette mémoire lui décrit à sa manière
un passé où se perd la vérité. Les souvenirs qui, jour et
nuit, lui parlent imposent leur vue changeante. Thomas,
tour à tour, les adopte, les récuse, les subit, les refond. Le
face à face est une rencontre constante, un combat douteux.
Et cependant, le jour où Thomas, par hasard, se trouve
en mesure de lire la confession de sa fille, dans un
testament qu'elle a laissé, et qui contient sans doute
l'explication de son énigme, il détruit délibérément ce
témoignage.
Il se réfugie dans une pensée qui la montre petite enfant,
éblouie par l'illumination d'un arbre de Noël. Vrai rêve de
la vérité, qui demeure, qu'on le veuille ou non, «une
histoire».