Les prisonniers en 1914-1918 : acteurs méconnus de la Grande Guerre

La Grande Guerre a mobilisé 73,8 millions de combattants. Parmi
eux, 7,6 millions furent faits prisonniers. Ces hommes connurent
des sorts très différents et leur captivité a pu être plus ou moins
écourtée par le décès, l'échange, l'internement en pays neutre ou
l'évasion, ou plus ou moins adoucie en raison de l'action de la
Croix-Rouge, d'initiatives humanitaires d'origines diverses, ou par
l'application d'accords internationaux intervenus en marge des
opérations.
Le prisonnier de guerre a longtemps été un acteur presque totalement
ignoré par l'historiographie officielle. En France, cet effacement
est consacré dès 1915, car la guerre n'a déjà plus qu'une
représentation : le «Poilu» et son environnement immédiat qu'est
la «tranchée». De fait, le prisonnier, en choisissant de déposer
les armes plutôt que de consentir au sacrifice suprême, se plaçait
à l'écart de la mémoire «recevable». L'oubli est consolidé dans
l'immédiat après-guerre. Puis le profond traumatisme généré, le
nazisme donne la prééminence au Second Conflit mondial et finalement
accentue la perception de la Première Guerre mondiale,
telle qu'elle avait été toujours présentée.
Dépassant l'amnésie sélective qui a jusque-là prévalu, des travaux
récents se sont intéressés à la culture de guerre et notamment
à toutes les formes de «violence», soulignant unanimement
à la fois leur extrême intensité et leur caractère généralisé. Une
telle approche contribuant à une réincorporation des prisonniers
au patrimoine mémoriel de la Grande Guerre, il est apparu intéressant
de consacrer une nouvelle étude appréhendant la captivité
dans sa globalité.