Cahiers de la gastronomie (Les), n° 7

Cahiers de la gastronomie (Les), n° 7

Cahiers de la gastronomie (Les), n° 7
Éditeur: Menu fretin
201144 pagesISBN 9782917008317
Format: BrochéLangue : Français

Pomme Les pommes se mangent crues ou en

compotes, confitures, marmelades. On en fait aussi

un cidre agréable, généreux et de bonne conservation.

On se sert principalement, pour cette boisson,

des amères, mélangées d'environ un tiers de douces.

Les provinces de France les plus abondantes en

pommes sont la Normandie, l'Auvergne et le Vexin

français ; la Bretagne en fournit en assez grande quantité.

Les meilleures pommes qu'on mange en hiver

sont la reinette, le court-pendu, la pomme d'api et la

calville dont il existe trois espèces : la blanche, la rouge

et la claire. La calville rouge, c'est-à-dire celle qui a la

peau et une partie de la chair rouges, est la meilleure

des trois ; elle renferme un suc doux et convient à ceux

qui ont des aigreurs dans l'estomac, pourvu toutefois

qu'on en mange peu. La reinette convient particulièrement

aux bilieux. Mais, de toutes les pommes,

le court-pendu est la meilleure ; sa saveur est très

agréable, sa chair délicate et son odeur très douce. La

pomme d'api qui doit toujours se manger crue, est la

plus petite et la plus dure de toutes les pommes ; elle

renferme une eau savoureuse, très propre à rafraîchir

la bouche et à éteindre la soif, mais sa chair est lourde

et difficile à digérer. Le suc de la pomme crue, suivant

Gallien, bout et fermente dans l'estomac comme

le vin qui sort de la cuve. Ce suc est composé de parties

extrêmement fines mais indigestes qui, par le moyen

des artères, se distribuent par tout le corps, de sorte

qu'il est difficile, si l'on mange beaucoup de pommes

crues, que la fermentation excessive, jointe à la crudité

de leur suc, ne trouble la circulation du sang et que

les principaux viscères n'en souffrent. Simon Pauli savant

médecin<sup>1</sup>, qui aimait beaucoup les pommes et qui

avait coutume d'en manger tous les jours, dit qu'il eut

pendant vingt ans de très fortes palpitations de coeur

dont il modérait le progrès en se faisant souvent saigner

et en mangeant moins souvent de pommes crues.

Il ajoute que lorsqu'il en mangeait beaucoup le soir, il

ne manquait point d'être attaqué, la nuit, une ou deux

fois, de cauchemar ou d'insomnie. Un de nos plus célèbres

Normands, Bernardin de Saint-Pierre<sup>2</sup>, donne

ainsi, dans une ingénieuse fiction, l'origine des pommiers

de sa province : "La belle Thétis, dit-il, jalouse

de ce que, à ses propres yeux, Venus eût remporté la

pomme qui était le prix de la beauté, sans qu'on l'eût

admise à la concurrence, résolut de s'en venger. Un

jour donc que Vénus, descendue sur cette partie du rivage

des Gaules, y cherchait des perles pour sa parure

et des coquillages pour son fils, un triton lui déroba sa

pomme, qu'elle avait mise sur un rocher, et la porta à

la déesse des mers ; aussitôt Thétis en sema les pépins

dans les campagnes voisines, pour y perpétuer le souvenir

de sa vengeance et de son triomphe. Voilà, disent

les Gaulois celtiques, la cause du grand nombre de

pommiers qui croissent dans notre pays et de la beauté

singulière de nos filles."

On sait aussi quel rôle joue la pomme dans l'histoire.

Pour éviter les frais qu'occasionnaient les noces,

Solon<sup>3</sup> ordonna que les nouveaux époux ne mangeraient

qu'une pomme avant de se mettre au lit, la première

nuit du mariage, ce qui n'était guère substantiel

et réconfortant pour les pauvres époux.

1(...)

2/Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)

écrivain botaniste voyageur réputé pour ses

insubordinations et selon Sainte-Beuve pour son

«utopisme». Il fut connu grâce à son livre Paul et Virginie 1787.

3/Solon (640-558 av. J.C.) philosophe,

législateur et poète met en place la Constitution,

base de la démocratie athénienne.

Ce livre est proposé par (0) membre(s)
Ce livre est mis en favori par (0) membre(s)