Mot à mot : anthologie poétique : 1974-2000

L'œuvre multiforme de Gérard Blua, depuis près de trente ans de publication - en ouvrages, articles, chroniques et revues - a indéniablement un unique fil conducteur : la poésie. Mais il serait plus juste de dire la poétique, tant son expression se dissocie totalement du minimalisme froid et vide de ses contemporains. Dans la douzaine de recueils qui jalonnent son trajet-poème de vie, l'émotion cohabite avec le rythme et le mot trouve toujours sa source dans un regard. Dès 1985, Tristan Cabral écrivait dans son Anthologie des Poètes du Sud :
- A la lecture de Blua une évidence s'impose, l'activité poétique a toujours été pour lui liée à l'expérience vécue. Elle met en cause l'esprit, les sens, le sexe, la peau... Elle dit la mort du père, la femme aimée, comme elle dit l'espoir triste d'un jour changer la vie... Ce que disent les poèmes de Blua, c'est qu'exister est une blessure permanente. Alors le poème se fait corps physique et danse au bord du gouffre.
Regrouper l'ensemble de son œuvre en un ouvrage anthologique, c'était prendre le parti de développer la cohérence d'une vision et d'une écriture dans le long cheminement du temps. Ce qu'a traduit dans son étude Jean-Max Tixier en 1997 : La langue se fait drue, chargée d'encre et de boue. Le lexique funèbre et le lexique des origines interfèrent. Tout se bouscule, la présence et l'absence, l'ombre et la lumière, le passé et le présent, le néant et le réel. Profonde originalité du langage, du sens et de l'image, maturité aboutie, portées en quelques vers dans l'un des tout derniers poèmes de Blua : Car une lumière sans mémoire / que serait-elle d'autre / si ce n'est la récurrence des ténèbres / Et le silence terrible des oublis / la mort infiniment renouvelée / des vies que je porte en mon ventre.