1914 : ruptures et continuités

L'année 1914 fut un big-bang à l'origine d'une accélération folle et
d'une effervescence sans précédent. Comment les intellectuels et
les artistes ont-ils appréhendé le déclenchement de la Première
Guerre mondiale ? Quel regard ont-ils porté sur l'événement ?
Tandis que les philosophes européens diagnostiquent une
crise de la civilisation occidentale, des visions eschatologiques
s'emparent des penseurs russes. En Espagne, les clivages politiques
préfigurent la guerre civile entre franquistes et républicains.
Le très pacifiste journal L'avenir de la Manche bascule dans la
ferveur nationaliste, pendant que les compositeurs français
crient sus à la musique «austro-boche». Une enquête socio-littéraire
Don Quichotte à Paris et dans les tranchées fait du poilu le
nouveau chevalier des temps modernes. En France, l'expérience
combattante des écrivains bouleverse le rapport de la littérature
au réel. Au Portugal, l'avant-garde littéraire explose autour de
la figure multiple de Fernando Pessoa. Quant au poète russe
Volochine, adepte de l'anthroposophie, il annonce la fin de la
civilisation matérialiste dans son poème Harmaguédon. L'Irlandais
James Joyce, en écrivant Ulysses , invente le roman moderne. Ivan
Cankar, ravagé par le cauchemar d'une Europe en ruine, entrevoit
pourtant la renaissance de la Slovénie. L'année 1914 ne cesse
de questionner tout au long du siècle qu'elle inaugure. En 1971,
l'ouvrage L'année 1913 recompose le paysage artistique à la veille
de la guerre. Dans son roman 14 , écrit à l'occasion du centenaire,
Jean Échenoz entretient la mémoire du conflit en explorant les
déchirures profondes qu'il provoqua. L'année 1914 se tient en
équilibre entre rupture et continuité, face à des questions sans
réponse, la destruction du monde et la pérennité de l'homme.