Talleyrand et l'invention de la diplomatie française

Talleyrand : la personnalité controversée par excellence,
parce que l'une des rares à avoir conservé une existence
véritable dans l'ombre de Napoléon. «Le plus impénétrable
et le plus indéchiffrable des hommes», dit de lui Mme de
Staël, à laquelle il doit les débuts de sa carrière de ministre
sous le Directoire. Un visage impassible : «Jamais visage
ne fut moins baromètre», précise Stendhal.
Au Congrès de Vienne, il retrouve Metternich. Talleyrand
et Metternich : deux jumeaux en diplomatie. Les deux
modèles du diplomate accompli. Les deux experts - ou
les deux acteurs - qui donnent à la diplomatie sa patine
classique. Talleyrand et Metternich se connaissent depuis
huit années, pendant lesquelles ils ont pu dialoguer et
se rapprocher. Sans se départir d'une grande prudence :
«Des hommes tels que M. de Talleyrand sont comme des
instruments tranchants avec lesquels il est dangereux de
jouer.»
Le 30 septembre 1814, c'est le coup d'éclat de
Talleyrand, son coup de poing sur la table des négociateurs
au Rennweg, devant Metternich et les représentants des
quatre Grands, surpris et effarés. À Vienne, Talleyrand
a voulu s'ériger en «tribun de la plèbe internationale»,
en porte-parole des petites puissances, non admises
dans le cercle des «Grands». N'a-t-il pas ainsi inventé la
«diplomatie à la française» ?