Les médias et la curiosité du monde

Certains mots, si on les écoute, nous murmurent l'histoire
du monde. Ainsi de la «curiosité», naturelle pour
Aristote, le pire des vices pour saint Augustin.
Qui croire ?
Aujourd'hui, les médias sont régulièrement cloués au
pilori : ils flatteraient une curiosité malsaine. C'est oublier
un peu vite que c'est nous qui faisons le choix d'aller vers
les médias, pour satisfaire notre curiosité.
Revisitons quelques grandes oeuvres qui abordent ce
thème. Jusqu'aux Lumières, la curiosité est objet de
méfiance. Puis, sous l'impulsion des Encyclopédistes et
des lois sur la liberté d'expression, la curiosité, toutes
les curiosités apparaissent légitimées. L'esprit moderne
est nourri de cet idéal qui fonde notre rapport à la société
et à la démocratie.
Pour autant, n'y-a-t-il pas une curiosité dangereuse ? Si.
Du bricolage sur les armes biologiques aux fantasmes du
clonage humain, nous avons, en chemin, oublié l'éthique.
Avant d'accuser les médias, interrogeons-nous sur nous-mêmes.