Voyage à Bordeaux

Étrange objet littéraire que le journal laissé par Claude Perrault d'un voyage effectué de Paris à Bordeaux en 1669. Quelle mission entraîne Perrault, médecin et architecte du siècle du Grand Louis, et son frère sur les routes de Bordeaux ? Ce document qui, par ses menus accidents, finit par évoquer le picaresque du Roman comique, nous apprend comment voyager au XVII<sup>e</sup> siècle sur des chemins qui s'avèrent loin de l'idéal auquel aspire Colbert en tant que promoteur du commerce ; il nous mène d'abord en droite ligne vers Bordeaux en une succession de stations dont les noms font tinter les sonorités du pays de France : Étampes, Orléans, Chambord, Blois, Amboise, Tours, Poitiers, Niort. Puis s'égrènent les ports de la façade atlantique : La Rochelle, Rochefort, Royan et enfin Bordeaux. Par la plume, par le dessin, Perrault trouve à exercer son attention dans les domaines qui le retiennent : la médecine bien sûr, les sciences naturelles, et surtout l'architecture.
Et puis soudain le frère de Perrault est pris de violentes fièvres et de « rêveries ». Bientôt alité dans de bruyantes auberges, couvert de sangsues, le voyage s'enracine de prescriptions en diagnostics. Les notations architecturales cèdent alors le pas à un examen clinique tout droit tiré des répliques de Molière ; et finalement elles laissent place au constat d'impuissance : de lavement en saignée, Claude Perrault, l'un des plus grands savants de son temps, assiste en plein voyage au trépas de son frère.