Discours d'Auschwitz : littéralité, représentation, symbolisation

Discours d'Auschwitz : littéralité, représentation, symbolisation

Discours d'Auschwitz : littéralité, représentation, symbolisation
Éditeur: H. Champion
2003526 pagesISBN 9782745307224
Format: ReliéLangue : Français

Jusqu'aux années 1990, les écrits autobiographiques de la déportation

et du génocide hitlériens furent en grande mesure l'objet d'une

mise au ban intellectuel en Europe : les travaux savants évoquaient les

événements d'«Auschwitz» tout en se référant très peu, voire pas du

tout, aux personnes qui les avaient connus, sous prétexte qu'il fallait

maintenir un «silence» respectueux. Ce bilan demeure d'actualité, car

si «l'indicible» des événements extrêmes est moins facilement

accepté aujourd'hui qu'il y a quelques années, il apparaît encore sous

des formes subtiles, dont la surfocalisation sur quelques acteurs et

auteurs est peut-être, paradoxalement, l'un des axes majeurs. (Les

études européennes récentes sur les textes de la déportation portent

souvent sur une poignée d'écrivains déjà connus : Primo Levi, Robert

Antelme, Charlotte Delbo ..., comme cela fut le cas pour Elie Wiesel en

Amérique du nord il y a dix à vingt ans.)

C'est dans ce contexte que s'inscrit l'étude systématique des

schémas d'écriture d'une cinquantaine de récits de vie (langues française,

anglaise, allemande et italienne) de personnes ayant survécu à

la déportation au complexe d'Auschwitz. L'examen de la représentation

et, à un niveau supérieur, des vocations symboliques de l'écriture,

étayé par des références à de nombreux autres récits, et confronté aux

discours critiques de toutes les disciplines, suggère que les revendications

du «silence» ou de «l'indicible» viendraient, non de l'angoisse

des déportés, mais de celle des commentateurs, qui refait surface dans

les vocations commémoratives (symbolisation culturelle).

La mémoire de la déportation se construit souvent en l'absence des

rescapés, à tel point que l'on peut se demander si le mythe d'un Auschwitz

entièrement symbolisé (de l'extérieur) et symbolique, n'a pas

obnubilé la diversité des réalités et des personnes qu'il était censé

représenter, les incidents réduits à des «tragédies», et les êtres à des

«victimes».

Une expérience d'Auschwitz fait partie de l'expérience humaine, et

le survivant peut aussi être un narrateur.

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