Songes et discours : traitant de vérités dénicheuses d'abus, vices et tromperies, dans tous les états et offices du monde

Songes et discours : traitant de vérités dénicheuses d'abus, vices et tromperies, dans tous les états et offices du monde

Songes et discours : traitant de vérités dénicheuses d'abus, vices et tromperies, dans tous les états et offices du monde
Éditeur: Corti
2003218 pagesISBN 9782714308122
Format: BrochéLangue : Français

Voici, pour le lecteur français, la première occasion depuis le dix-septième

siècle de se mesurer avec les Songes et discours de Quevedo.

Le Siècle d'or touche à sa fin. Nature inquiète, turbulente, volontiers querelleuse,

Quevedo est ce témoin à charge qui peint dans les Songes et discours

le tableau d'une société malade. Défilent en une ronde infernale (au sens

propre) des pantins gesticulants, grimaçants, vociférants, qui tous incarnent

des types sociaux au travers desquels l'auteur dénonce les maux de son

époque : l'hypocrisie, le mensonge, la rapacité, la luxure. À la suite du narrateur,

lequel, successivement, assiste au jugement dernier, s'entretient avec un

démon logé dans un alguazil, parcourt l'enfer, apprend à voir le monde au-dedans

ou rend visite aux morts, nous découvrons une population d'hommes

de loi, de greffiers, d'alguazils, de médecins, d'apothicaires, de tailleurs, de

femmes de mauvaise vie, de duègnes, etc. Avec les femmes, la satire se fait particulièrement

féroce. Jeunes, vieilles, laides, belles (mais leur beauté est artificieuse),

aucune ne trouve grâce à ses yeux. L'enfer de Quevedo, comme celui

de Dante, est par ailleurs peuplé de figures célèbres. L'auteur s'attarde auprès

de quelques-unes d'entre elles - Judas l'Iscariote, Mahomet, Luther - pour les

stigmatiser violemment ; l'entretien entre Judas et le narrateur vaut d'être souligné,

car il illustre parfaitement ce mélange explosif de grotesque et de sacré,

qui est une des constantes des Songes et discours.

«La grandeur de Quevedo est verbale», a justement dit Borges. Nul ne possède

plus que lui la maîtrise de la langue espagnole. Il n'a pas son pareil pour

manier l'ellipse, l'anastrophe, l'antithèse, le paradoxe, l'ambiguïté, l'amphibologie,

et autres figures de style. Au cultisme de Góngora et de ses sectateurs,

partisans d'une langue poétique où l'ornement est recherché pour lui-même,

Quevedo oppose le conceptisme qui détourne les mots au service d'un raisonnement

rigoureux et d'une pensée subtile, ingénieuse à l'extrême. Borges

fait remarquer que la prose de Quevedo bannit l'épanchement sentimental et

ne comporte aucun de ces symboles qui s'emparent de l'imaginaire des gens.

Assurément Quevedo ne séduit pas en mignardant. Il est rude, ironique, vindicatif

; mais celui qui accepte de lui emboîter le pas cède tôt ou tard à ses sortilèges

(nous en parlons en connaissance de cause).

Les traducteurs

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