Homme et la société (L'), n° 156-157. Pour une économie politique de la richesse

Au moment ou le capitalisme, manifestant une nouvelle
fois sa capacité à se transformer pour que rien ne change,
emprunte une forme ouvertement mondialisée et financiarisée,
nous pourrions être tentés de nous référer au diagnostic
d'Aristote, vieux de 2 500 ans, qui craignait que les
échanges marchands ne gagnent en ampleur au point de
ne plus être au service des besoins humains et de ne favoriser
que le seul gain monétaire. Par quoi la valeur deviendrait
autonome, ne se nourrirait plus que d'elle-même
selon la logique du toujours plus. Aristote recommandait
de contenir l'économie dans les limites du foyer et de se
tenir au plus près de l'idéal autarcique. Si plus personne
ne partage cet idéal, beaucoup restent néanmoins fidèles
à l'esprit de la solution aristotélicienne, en dressant, face
au déferlement de la valeur abstraite, le rempart de la
richesse humaine. Ce que font tous ceux qui, sur un mode
ou un autre, en appellent à la société contre l'économie.
Nous croyons plus prometteur de parier sur la richesse de
l'économie contre le réductionnisme de la science économique.
Les activités économiques sont bien plus sophistiquées
que ne le donne à voir la science économique, et
recèlent des possibilités de civilisation dont il serait dommageable
de ne pas tirer profit. Une économie libérée du
carcan de la science économique s'organiserait comme un
lieu politique dans lequel richesse et valeur seraient occasions
de débats. Belle occasion de sortir du dualisme de
l'économie et de la politique, lieu commun de tous les discours
qui insistent sur les contraintes inévitables qu'exerce
l'économie et condamnent la politique à l'impuissance.