1914-1918 : les Juifs dans la tourmente : à travers la carte postale

Au début de la Grande Guerre, la nation devient une valeur supérieure
aux classes sociales comme aux religions. Partout, le curé, le pasteur,
le rabbin et l'iman des colonies bénissent ensemble les troupes mobilisées.
Tant et si bien que la guerre va opposer les juifs des deux camps.
Patriotes en chacun des pays belligérants, ils n'expriment pas de pensée
propre sur la guerre. Ils ne se distinguent que dans les pays où ils
subissent des persécutions. Néanmoins, l'antisémitisme que les unions
sacrées avaient relégué au second plan revient rapidement tandis qu'en
Russie, et surtout en Ukraine, la guerre civile qui annonce la révolution
d'Octobre 1917 s'accompagne de pogroms.
En Allemagne et dans la petite Autriche réduite à elle-même, la défaite
et les convulsions qui en découlent préparent directement le nazisme. Le
Parlement allemand réuni à Weimar proclame la République et celui de
Vienne fait le même choix. Dans les deux nations germaniques, les juifs
placent leurs espoirs en ces nouveaux régimes fondés sur la démocratie.
Ils accèdent à des responsabilités politiques. Il s'en trouve, aussi, à la
tête des mouvements révolutionnaires qui tentent d'établir une jonction
entre la révolution russe, la révolution allemande et les insurrections qui
éclatent dans l'Empire austro-hongrois. Les conséquences seront tragiques.
Radicalisés par la défaite, des officiers et sous officiers forment des
Corps Francs. Ils enlèvent et assassinent Rosa Luxemburg à Berlin et se
chargent à Munich de liquider Kurt Eisner, président d'une éphémère
République des Soviets de Bavière. Ces Corps Francs, tolérés par les
dirigeants sociaux démocrates et libéraux de la République de Weimar
préfigurent l'avenir. On y trouve le capitaine Rhöm, fondateur du parti
nazi, Rudolf Hess, Reinard Heydrich et Martin Borman.