Actes 2, 44-47 : la communauté des biens

Le livre des Actes décrit la première communauté chrétienne. L'une
des caractéristiques de son mode de vie est que les biens sont mis
en commun et partagés en fonction des besoins. S'agit-il d'une
première forme de communisme ? Dans quelle mesure ces affirmations
correspondent-elles à une pratique réelle ? Le texte est soigneusement
étudié et replacé dans la communauté primitive de Jérusalem ; on se
demande notamment s'il y a un rapport possible avec les pratiques des
communautés esséniennes. Le parcours exégétique va des Pères grecs
aux commentateurs du XVII<sup>e</sup> siècle. La communauté des biens semble
être perçue d'abord comme une pratique spécifiquement chrétienne.
Mais assez tôt, avec Basile de Césarée, une inflexion est faite vers
le monachisme qui réalisera, semble-t-il, l'idéal évangélique. Les
querelles autour de la pauvreté au XIII<sup>e</sup> siècle relancent l'intérêt pour la
vie des premières communautés, avec des inflexions diverses. Au XVI<sup>e</sup> siècle, certains courants issus de la Réforme semblent vouloir revivre
cet idéal, mais non sans problèmes et non sans adaptations diverses ;
chez Luther et Calvin, il s'agit plus d'une invitation à la charité qu'à
un « communisme » véritable ; une exception remarquable concerne
les anabaptistes de Munster-en-Westphalie. Les exégètes catholiques
du XVII<sup>e</sup> siècle expriment bien l'embarras que provoque ce texte et lui
appliquent une solution de type historique. Encore une fois, la richesse
de la tradition exégétique permet de saisir les implications d'un texte
révolutionnaire à certains égards, toujours commenté avec sérieux et
en tenant compte des implications de l'évolution de la société.
Ce volume est issu de la huitième des « Journées bibliques »
organisées par le Laboratoire d'Études des monothéismes/Institut
d'études augustiniennes (CNRS-EPHE Sciences religieuses-Paris IV)
et le Groupe de recherche sur les non-conformistes religieux des XVI<sup>e</sup>
et XVII<sup>e</sup> siècles et l'histoire des protestantismes (GRENEP, Faculté de
théologie protestante de l'Université de Strasbourg).