Mais tu t'es vue, Lulu ?

C'est l'histoire de Lulu, la joufflue, la ventrue... Elle est toute
ronde Lulu, ramassée sur elle-même, massive et fragile. Mais
elle trace son chemin Lulu, cahin-caha. Elle se marie et devient
mère, ballottée de médecins en cures d'amaigrissement. Elle
trouve même un «travail», Lulu, en rapport avec son poids...
240 kilos ! Mais au bout du compte, c'est d'être aimée qu'elle
a faim. Dans ce livre, elle prend de la place, Lulu. Mais, « sous
son masque romanesque, ce récit est celui d'une douloureuse
et lente accession à l'être, en l'occurrence à l'être au monde
en un corps féminin : rien de moins ! » (Extrait de la postface de Pierre Aimez,
ancien Professeur des Universités (Paris VI) et ancien Praticien Hospitalier,
service de médecine et de nutrition à l'Hôtel Dieu de Paris).
Lulu est l'archétype déchirant, émouvant et drôle de ce que la société produit
et ne veut pas voir, ici, les gros.
Consciente, pour le vivre, que la souffrance de cette obésité n'est pas prise en
charge de façon cohérente, Françoise Fraïoli a voulu faire de ce roman un acte
militant, une prise de conscience de l'errance médicale qui pourrait se résumer
à un «il suffit de moins manger pour maigrir !» Or l'obésité est une maladie
complexe, dont on ne guérit pas, véritable gangrène, terrible pour soi et pour
les autres. Envahis de graisse, rejetés, jugés, humiliés, les obèses mènent seuls
une guerre sans merci contre leur poids, et souvent finissent par rendre les
armes. Jamais, pour aucune autre maladie, on n'a traité des patients avec
autant de mépris voire d'indifférence ... quel gâchis !
Frédéric Gilbert