Les morts ne savent rien

Il y avait le soleil, celui de cette parole qui débusquait le
monde dans ses moindres détails et nous le servait chaud...
Quand elle mourut, nous ne savions rien.
Chacun de nous quatre, à sa pauvre manière, s'efforça, dans
sa vie, de continuer à ne pas savoir. Une grande obstination
à demeurer, chacun dans notre coin, des idiots farouches.
Des années plus tard, l'aînée décide de retrouver la
parole perdue de la mère. Parce qu'ils vivaient dans ce
soleil. Le récit commence de manière classique,
l'enfance, la guerre. Puis il oublie le temps. L'aînée glisse
vers les trois autres. Ils la laissent venir. Elle traque la
beauté de leur langue, leur démarche, leurs amours,
leur gracieuse aptitude à foutre leur vie en l'air. Ils
parlent, elle note. Le petit frère se moque : «C'est bien,
ton truc, on rêve, on parle, on pleure, c'est efficace, une
sorte d'analyse au mortier et à la pelleteuse.»
Pourquoi Les morts ne savent rien ?... C'est un titre de
polar, et une phrase de la Bible. Elle ne l'aime pas.
Pourtant elle la garde. C'est une phrase à réveiller les
morts.