Gayant, le géant de Douai : sa famille & sa procession

Il n'est pas de peuple quelque peu civilisé qui n'ait eu ses fêtes publiques,
ni d'époque qui ne les ait reproduites sous ses emblèmes particuliers.
Nombre de villes en France en ont conservé les antiques traditions. Mais
c'est surtout en Flandre, en Artois, qu'elles se sont perpétuées ; et, malgré les
événements de toute nature accumulés depuis trois siècles sur ce pays, il
n'est pas de commune qui n'ait encore aujourd'hui son jour de fête...
Nombre de villes, en Flandre, en Belgique, ont eu leurs géants communaux.
Ainsi Anvers, Louvain, Malines, Hasselt, Bruxelles, Ath, Gand,
Bruges, Tournai, Lille, Dunkerque, Ypres, Poperinghe, Cassel, etc., montraient
chaque année, sous des noms, des formes ou des costumes différents,
leurs énormes mannequins d'osier...
La ville de Douai avait aussi produit sa famille de géants. Autour d'elle
s'étaient groupées des traditions populaires, qui avaient fait de son chef
comme un héros du pays, et imprimé son nom à la fête communale.
Le mannequin principal, surnommé Gayant , par corruption, selon nous,
du mot géant , a survécu aux attaques du clergé, aux bouleversements révolutionnaires
; et tous les ans encore, au mois de juillet, plus brillant et plus
haut qu'il ne l'était jadis, il sort de sa retraite pour se promener durant trois
jours, par la ville, sur les épaules des neuf porteurs, cachés sous son jupon.
Certes il n'est personne en ce pays qui n'ait vu, ou ne connaisse au moins
de renom, le Gayant de Douai, son immense structure, sa gigantesque
famille et son cortège accoutumé. Chaque année, cependant, une foule nouvelle
d'étrangers accourt se presser avec les habitants par les rues, pour examiner
de près cet ancien souvenir des joies de nos pères, et prendre part aux
fêtes brillantes dont sa sortie redevient l'objet...
M. Q.