Langue, identité, nation : l'expérience norvégienne de 1830 à nos jours

Il est bien moins rare que les Français pourraient le penser de
trouver des pays dotés de plus d'une langue officielle, et ce même
en Europe de l'Ouest. Mais, en général, il s'agit de langues distinctes
les unes des autres : néerlandais, français et allemand en Belgique ;
allemand, français, italien et romanche en Suisse, pour ne prendre
que des exemples proches de nous.
Qui sait en revanche, les scandinavistes et les (socio)linguistes
mis à part, que la Norvège est également un pays bilingue, avec
deux variétés distinctes de... norvégien ? Pour comprendre cette
situation assez exceptionnelle, il faut savoir que de la fin du XIV<sup>e</sup> siècle
au début du XIX<sup>e</sup> le pays, tôt passé sous tutelle danoise pour cause
d'extinction de la lignée dynastique norvégienne, a été administré
en danois. Lorsque la belle endormie s'est réveillée, s'est posée à
elle de façon cruciale et brutale la question de son identité, donc
celle aussi d'une langue à retrouver. Deux voies différentes, en fait,
radicalement opposées, ont alors été empruntées qui ont conduit à la
situation actuelle. C'est à suivre cette assez incroyable saga des temps
modernes que nous convions le lecteur dans nos pages.