Le théâtre postdramatique : vers un chaos fécond ?

Un spectre hante le théâtre contemporain : l'auteur
dramatique. Aristote avait légiféré, l'auteur avait son canon
intangible. Mais son désaveu ultérieur, son autorité réfutée,
puis sa mort proclamée l'ont, pour beaucoup, chassé du trône.
Également détrôné : le texte dramatique, ou plutôt la prétention
de vouloir soumettre la scène, avec elle le public, au pouvoir
régalien du discours préexistant, celui de l'auteur démiurge.
Ce mouvement, que l'on nomme le théâtre postdramatique,
marque une rupture, qui s'inscrit dans la violence faite au statut
du texte et de l'auteur, dont la position, le rôle, le droit à la
reconnaissance sont à redéfinir. Et c'est bien un parricide, que
constatait déjà Derrida.
Mais ce mouvement ne date pas de ces toutes dernières
décennies : nous en trouvons les prémices dans les origines
antiques du théâtre, plus récemment chez des auteurs comme
Maeterlinck, Claudel, Yeats, Artaud et d'autres qui ont partagé
ces interrogations fondamentales. Il importait donc, c'est la
raison d'être de cet ouvrage, d'étudier plus avant cette courbe
qui fonde nos origines et éclaire le temps présent.