Proust était un neuroscientifique : ces artistes qui ont devancé les hommes de science

«À l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha
mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en
moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
[...] D'où avait pu me venir cette puissante joie ?»
En citant ces phrases célèbres de Proust, Jonah Lehrer rend hommage
à l'immense intuition dont l'écrivain a fait preuve. Grâce aux miettes
prophétiques de sucre, farine et beurre, Proust comprit que notre odorat
et notre goût portent ensemble le poids de la mémoire. À l'époque, les
physiologistes n'avaient pas la moindre idée du mode de connexion
des sens à l'intérieur du cerveau. C'est seulement aujourd'hui que
les neurosciences ont confirmé que notre odorat et notre goût sont
directement reliés à l'hippocampe, centre de la mémoire à long terme,
d'où leur penchant exceptionnellement sentimental.
Outre le célèbre écrivain, sept autres artistes précurseurs ont été réunis
par Jonah Lehrer dans ce livre. Tous ont découvert, a-t-il constaté, des
vérités bien réelles et tangibles sur l'esprit humain que les neurosciences
commencent à peine à décrire. Auguste Escoffier sut capter «l'essence
du goût», quand Paul Cézanne mit au jour le «processus de la vision».
Dans d'autres registres, les amateurs de musique, de littérature et de
poésie découvriront les intuitions profondes qu'eurent Igor Stravinsky,
Virginia Woolf ou Walt Whitman...