Angkor : mémoire d'une passion française

La France n'a cessé, depuis la découverte d'Angkor, d'entretenir des rapports
passionnés avec les temples et les palais de la civilisation khmère. Du passage
de Monseigneur Pallegoix en 1854 à aujourd'hui, les témoignages de cette
passion française ne manquent pas. L'exposition de 1874 de Compiègne, qui suivra
l'expédition de Doudart de Lagrée et de Delaporte, sera le véritable point de
départ de l'engouement des Français pour Angkor.
Naît alors le projet de restaurer le site dans sa splendeur originelle et de comprendre
son histoire, décrypter une civilisation disparue. Ceux qui s'y attelèrent,
étaient militaires, administrateurs, archéologues, architectes, historiens, linguistes.
Ainsi Lunet de la Jonquière, capitaine de l'infanterie coloniale, qui produisit le premier
inventaire archéologique de l'Indochine ; le géographe Pavie et Charles Carpeau,
l'un et l'autre morts sur le terrain, emportés par la «fièvre des bois» ; Jean
Commailles qui amorça le dégagement méthodique des édifices, en commençant
par Angkor Vat et le Bayon, et que des pirates assassinèrent ; Etienne Aymonier, qui
jeta les bases de l'épigraphie khmère et dont les relevés des inscriptions furent
déchiffrés par des indianistes tels que Bergaigne et Barth. Et tant d'autres.
D'illustres voyageurs tels que Loti, Dorgelès et bien d'autres écrivains, joueront les
relais auprès du grand public. Celui-ci se passionnera pour les documents rapportés,
les statues et bas-reliefs...Les expositions coloniales iront jusqu'à donner un
aperçu de cette architecture exceptionnelle, jusqu'à l'apothéose de 1931 à Vincennes
qui verra la reconstitution du temple d'Angkor Vat à l'échelle d'un tiers.
C'est l'histoire particulière des Français et d'Angkor que raconte ce livre à partir de
documents, pour certains inédits, du fond iconographique de l'Illustration et du photographe
Philippe Gras qui s'est rendu sur le site dans les années 80.