Clarté. Vol. 2. 1924-1928, du surréalisme au trotskisme : itinéraire politique et culturel

Directement inspirée par l'horreur de la guerre, Clarté , fondée
officiellement en mai 1919 par Henri Barbusse, compte dans ses rangs
une majorité d'intellectuels combattants. Insurgés contre un monde
barbare qui les a précipités dans le chaos de 1914-1918, ils rejettent
avec violence le pouvoir bourgeois et son patriotisme sanguinaire. Ils se
tournent avec enthousiasme vers la révolution russe comme expérience
politique, à leurs yeux, fascinante et entièrement consacrée à assurer
l'affranchissement du prolétariat tout entier. Faisant table rase du
classicisme et de l'académisme, instruments serviles de la propagande
militariste, ils jettent les bases d'une nouvelle esthétique centrée sur le
tragique de l'homme.
Convaincus que le mouvement insurrectionnel s'imposera
victorieusement en Europe, évoluant dans la zone sympathisante
du jeune PCF, ils assurent un travail de démolition de la civilisation
capitaliste et de son impérialisme en s'inspirant à la fois du bolchevisme
et du sorélisme comme modèles idéologiques, tout au long des années
1921-1924. S'affirmant comme les défenseurs d'un mode de pensée de
type prolétarien, ils veulent hâter l'avènement d'une morale et d'un art
placés au service des travailleurs. Engageant une tâche de dénonciation
féroce contre Maurice Barrès et Anatole France, ils rejoignent le groupe
surréaliste d'André Breton au cours de l'année 1925.
À partir de juin 1926, ils décident de faire de Clarté un outil
d'éducation communiste avant tout. Devant la montée du stalinisme
et de son arbitraire politique, ils se tournent, à l'automne 1927, vers
le trotskisme, déterminés à servir la cause de la révolution et de la
démocratie ouvrière.